Bishkek est tres jolie, la ville entiere est rouge et verte. Il y a des parcs partout, les feuilles des arbres sont jaunes et les bancs sont bleus turquoises ( je vais m'appliquer a decrire les paysages car il va falloir se passer de photos, la connexion internet est trop lente). La ville est tres occidentale et partout des couples s'embrassent amoureusement, enfin un pays ou l'amour n'est pas interdit et la femme n'est pas releguee a sa fonction primaire. Les femmes sont tres respectees et emancipees. On m'explique qu'en tant que nomade, la femme participe a la vie sociale au meme titre que l'homme. Il y a aussi des organisations puissantes de femmes qui luttent pour leurs droits. Dans ma famille d'acceuil, la femme commande et l'homme cuisine, le reve... On me demande pourquoi mes parents m'ont laissee voyager seule, car a 15 ans, leur fille n'avait pas le droit de sortir. Je leur explique que je n'ai pas 15 ans mais presque le double. Je leur montre mon passeport pour preuve, ils ne me croient toujours pas. Plus tard, je vois arriver leur fille de 25 ans avec ses deux enfants... c'est peut etre eux qui ont raison apres tout.
Je trepigne car je vais rencontrer la grande dame qui promeut l'art et l'artisanat kirghize. Ses voisins celebrent le jour meme l'entree dans l'Islam de leurs deux fils et elle me convie a me joindre a eux.
Mes yeux n'ont jamais vus un tel festin pose sur une table, il n'y a pas un
centimetre carre sans une coupe de confiture ou un plat traditionnel, ou une assiette de legumes, ou des noix et des amandes... Je mange avec appetit et on me ressert d'un peu de tout. Plus tard,
des femmes vident la table et je pense que c'est la fin du repas, je suis terrifiee quand je vois arriver une deuxieme tournee de mets encore plus excquis. Je remange pour faire honneur, puis les
femmes vident la table et apres s'etre passe les mains sur le visage, les hommes quittent la piece. Enfin le repas est fini. A peine sortie, on m'invite a regagner ma place, je pense que c'est
l'heure du the, l'homme de la maison arrive avec des plats de viandes gigantesques. Pour les occasions speciales, on sacrifie un mouton, on le cuit et on le prepare pendant des heures avant de le
decouper et on offre les meilleurs morceaux aux invites les plus honorables. J'ai un tout petit morceau dans mon assiette alors que mon voisin d'en face a le posterieur de l`animal. Je me force a
manger le mouton sacrifie. On me demande comment on cuisine le mouton en France, je n'en ai aucune idee alors j'invente une histoire... 30 personnes m'ecoutent attentivement, j'essaie d'etre
pertinente. Puis un autre plat arrive et ainsi de suite... Les bouteilles de vin moldavien, de vodka et de cognac kirghiz se vident sans probleme. Quelques heures plus tard, le repas est vraiment
termine, un jeune garcon passe pres de tous les invites avec un samovar rempli d'eau chaude et une bassine pour se laver les mains, puis la maitresse de maison offre un cadeau a chacun. Je suis
confuse devant une telle hospitalite. J'apprends beaucoup sur les traditions et l'artisanat kirghize. Dans un pays de 5 millions d'habitants, il y a 7 principales tribus de nomades et des mutitudes
de branches. Toutes ont des traditions et des codes tres precis. L'artisanat est tres developpe, on fabrique surtout des tapis, des vetements et l`interieur des yourtes a base de feutre. Je pars
dans quelques jours en direction du lac Issyk Kul pour faire le tour de ces petits artisans qui se transmettent oralement un art seculaire. Ce pays est encore plus passionant et mysterieux que tout
ce que j'avais imagine -
des
traditions encore : le mariage est un passage obligé. Que la famille soit pauvre ou riche, le mariage doit être le plus fastueux possible, puis la mariée habite dans la famille de son mari
et doit la première année balayer la cour tous les jours etc. J’aurai découvert de grands hommes : Amir Timour bien sur mais aussi le poète Alisher Navoie etc. une cuisine variée et
excellente, un art exceptionnel. Des valeurs en voie de disparition dans nos pays occidentaux : un respect infini envers ses parents et les personnes âgées, un fonctionnement de la société
familial, une infinie générosité, une liberté individuelle et un bonheur simple.
Les sites incontournables sont majestueux comme le Rejistan, un ensemble de madrasas recouvertes de
faïence et de mosaïque bleues.
La Mosquée de Bibi-Khanoum,
qui porte le nom de l’épouse chinoise et visiblement préférée d’Amir Timour.
Le Mausolée du Gour Emir qui abrite les tombeaux d’Amir Timour (au milieu), d’Ulug
Beg, et d’autres membres masculins de la famille.
Tout le monde raconte que l’anthropologue russe Mikhail Gerasimov ouvra la sépulture
d’Amir Timour en 1941 pour vérifier que c’était bien lui. En ouvrant le tombeau, il vit une inscription : « Quiconque ouvrira le tombeau sera vaincu par un ennemi plus terrible que
moi » 2 professeurs ouzbeks qui étaient présents l’incitèrent à cesser les recherches, mais Gerasimov ne fut pas dupe. Le lendemain, Hitler attaqua l’Union soviétique. Gerasimov emporta le
crâne d’Amir Timour pour y effectuer des analyses et lorsqu’il le rapporta 2 mois plus tard, les russes gagnèrent leur première bataille et vainquirent par la suite les allemands. Repues par la
magnificience des lieux, je préfère passer mon temps dans les jupes d’Amir Timour.
Maman a perdu la voix, je l’emmène vite
prendre un thé dans la petite cour de l’hôtel. Des bagpackers barbus nous accueillent. L’un parcourt le monde à vélo depuis 3 ans, l’autre revient d’Afganistan dans ses habits de montagnard, etc.
Après quelques discussions fructueuses, nous partons en visite maman et moi. Devant la magnificence du Registan, maman recouvre la parole, je suis rassurée.
et
marchandons quelques écharpes en soie dans les bazars couverts.
A
partir de midi, le soleil est trop fort, nous nous reposons dans une chaikhana (maison de thé) à l’ombre d’un murier centenaire. On vient nous demander de l’argent, ou échanger quelques mots.
Maman exerce une force d’attraction sur les ouzbeks qui viennent visiblement lui raconter leur vie en ouzbek ou en tadjik. Je la regarde qui écoute attentivement ses interlocuteurs et prend des
mines de circonstance.
Nous continuons notre visite
à
quelques pas du
Maman voudrait construire une petite maison sur l’esplanade et rester ici toute la vie. Un dernier
coup d’œil à l’Ark, qui fut la cité royale avant d’aller manger un plat national dans une chaïkhana digne de ce nom.
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