Mercredi 24 février
3
24
/02
/Fév
21:39
Puisqu'il faut toujours conclure, même 3 mois après, je vais tâcher de m'appliquer à cet exercice. Je rêve d'un monde où les retours n'existeraient pas, où le rêve primerait sur la réalité et
voyager à la rencontre des autres serait un métier. Malheureusement il faut parfois tout laissé ce qu'on a aimé, appris et vécu derrière soi et retrouver le connu. J'ai eu beaucoup de chance de
pouvoir réaliser ce projet et je remercie toutes les personnes qui m'y ont encouragées et soutenues. Je salue également toutes les personnes que j'ai rencontrées et qui ont laissé sur moi une trace
indélébile, je remercie le ciel de m'avoir protégée et je vis cet éternel retour avec la satisfaction d'avoir réalisé un rêve.
Je ne pensais pas que tout serait à ce point différent là bas. La vie se fige dans les traditions, mais elle est toutefois belle et paisible. Sentiments de stress, solitude, sont inconnus au
bataillon, la société est construite autour de la solidarité familiale, entre membres d'un clan, entre voisins. On vit sans se poser trop de questions existantielles en essayant surtout de survivre
et de respecter les règles imposées par sa culture et sa famille. J'ai beaucoup appris et je vais tâcher à présent d'en tirer la quintessence dans un livre qui sortira si Dieu le veut, en temps
voulu et j'essairai également de conserver la sérénité orientale dans laquelle j'ai été bercée pendant tous ces mois de nomadisme.
Pour le mot de la fin, je m'éffacerai tout simplement derrière Sainkho Namtchylak, cette fille de nomade qui connait mieux que personne les traditions et l'esprit des steppes et des montagnes.
Par Frogabelle
1
Jeudi 26 novembre
4
26
/11
/Nov
13:30
Je ne retiendrai pas grand chose de mon séjour au Kazakhstan. Ses nouveaux riches, ses villes modernisées qui ne m'inspirent pas grand chose, je ferai des conférences pour le compte de l'Ambassade
de France sur le rôle des femmes en Asie centrale et répondrai aux journalistes qui viendront m'interviewer : non le film Borat n'est pas une critique du Kazakhstan mais des US, oui, les français
ont une bonne image du Kazakhstan etc.

Si le Kazakhstan a du charme, ce n'est pas à moi de le dire, je me souviendrai juste
m'être faite volée tout mon argent, être tombée malade, avoir redécouvert l'absence de générosité et d'amabilité de certains de mes compatriotes et m'être préparée à un retour imminent.
2
Jeudi 26 novembre
4
26
/11
/Nov
12:56
Il nous faut dire aurevoir à Baktogul et sa famille.

C'est fou de s'attacher à ce
point, Baktogul a voulu faire de moi une vraie kirghize et elle y est arrivée.

Nous
partons tristes mais soulagées de ne pas nous être faites kidnappées et nous quittons ce bord du lac pour découvrir les rives sud et les montagnes rouges de Kadji Sai.

Une amie de mon interpète nous attend dans sa maison où elle vit avec son mari, sa belle-mère et sa
petite fille de 2 ans. Ca fait plusieurs mois qu'elle n'a pas eu de visite et se réjouit de nous voir. Elle s'est faite kidnappée à 17 ans et habite aujourd'hui à 6 heures de route de sa famille et
de ses amis.

Sa belle-mère la rudoie un peu mais elle trouve son bonheur dans l'éducation de sa
fille. Je suis déchirée à l'idée de quitter cette région incroyable - c'est sans aucun doute celle qui a marqué le plus mon voyage sur la route de la soie. La vie est rythmée par les traditions et
tout le monde vit heureux ou résigné dans un pur esprit nomade. Je quitte mes amis, notamment Liza, la plus grande intellectuelle de tous les temps, à son jeune âge, elle parle déjà 4 langues et à
la joie de son grand père, balbutie dorénavant quelques mots en français. Je pars le coeur léger, la jeune génération kirghize va changer le monde.
Publié dans : Kirghizstan
0
Jeudi 26 novembre
4
26
/11
/Nov
12:01
Le lendemain, les voisins de Baktogul nous invitent au mariage de leur fils.

Je félicite la mariée qui s'est faite kidnappée il y a une dizaine de jours et qui
habite à présent dans sa belle famille. Je demande à Baktogul si les kidnappings de jeunes filles sont encore fréquents, elle se met à rire et me répond qu'à ce même moment, un autre voisin est en
train de kidnapper sa future femme. Les invités arrivent au compte goutte et s'installent dans le salon par terre autour des tables en respectant les codes : les femmes à droite, les hommes à
gauche, les invités et personnes âgées au fond en face de la porte d'entrée. La jeune marriée reste 3 jours dans la chambre nuptiale, puis au matin du 4ème jour, elle travaille à la maison, sert
ses beaux-parents, fait la cuisine, le ménage, s'occupe des animaux etc. L'ambiance est bonne, nous mangeons comme de coutume des millions de plats arrosés de vodka. Voici venu mon tour de porter
le toast à la santé des jeunes marriés. Tout le monde m'écoute attentivement, je souhaite que leur amour soit aussi fort que la montagne Ala Too, j'ai vu juste car "barbe blanche", le sage de
l'assemblée, invite tous les invités à boire leur verre jusqu'au fond, car le bonheur est au fond du verre. Au bout de la 14ème vodka, je parle plus que d'habitude. On me demande où est mon mari et
dans un élan de lucidité, j'avoue que je ne suis pas marriée. Erreur fatale. Ma voisine de droite sort un papier et tous ensemble, dressent une liste de tous les garçons célbataires de la région,
un homme appelle son neveu, une autre femme, son cousin, bref tout s'enchaine très vite et je me débats. Au milieu du repas, tout le monde va danser avant de manger le mouton.

Je passe un moment mémorable, les hommes et les femmes enflamment le dancefloor et la vodka continue de couler à flot.

La jeune marriée est privée de tout divertissement, je vais la chercher mais sa belle mère me fusille du regard, elle travaillera dans ma cuisine
jusqu'au soir. Puis arrive le mouton sacrifié et nous continuerons de manger jusqu'à la tombée du jour.
Publié dans : Kirghizstan
0
Mercredi 25 novembre
3
25
/11
/Nov
12:07
Je pars découvrir la région d'Issyk Kul - ce magnifique lac d'altitude qui trone au milieu de la chaine montagneuse Ala Too avec une jeune kirghize en guise d'interprète. Elle parle un français
châtié et me vouvoie car je suis son ainée de 2 ans. "Mademoiselle, il me plait de vous accompagner à Issyk Kul, vous verrez, le point de vue y est sublime" "je n'en doute pas chère amie...". Dans
notre machroutka qui nous mène à vive allure à Tamchy, 5 heures de route depuis Chymkent, nous chantons Joe Dassins à tue tête. Arrivée chez notre hôtesse, l'espiègle Baktogul, une chef de village,
nous apprenons que le lendemain, on commémore la révolution d'octobre et une course de chevaux est organisée. Je saute au plafond. Le lendemain matin, emmitouflées dans des vêtements chauds, nous
partons toutes les 3 au milieu des steppes.

Nous sommes les seules femmes et notre entrée
est remarquée. J'acquiers rapidement de lourses responsabilités : donner le départ de la course, encourager les coureurs, distribuer quelques dollars aux vainqueurs... Bref, je fais tout au
village.

Ce sont des enfants qui courent car ils sont légers. A 5 ans, ils grimpent déjà sur des chevaux.

Je lorgne plus loin un petit âne et corromps son petit propriétaire pour qu'il me le prête. Je
veux l'adopter et le rammener à Paris, j'essaie de m'éloigner et de perdre son petit propriétaire de vue, malheureusement il nous retrouve. Zut, sur cet échec, Baktogul m'appelle, il nous faut
partir à la chasse au renard avec le voisin et son aigle.
Publié dans : Kirghizstan
0
Derniers Commentaires